Discours à l’église St Jean-Baptiste – «Vivre Ensemble»

A l’occasion des 25 ans de l’église Saint Jean-Baptiste, l’Espace Saint-Hilaire invitait de nombreux acteurs locaux, passés et présents, du «Vivre ensemble» à Niort. Voici l’intervention de Ben, le Président de notre association:

 

Mesdames et Messieurs,

Au nom de mes collègues bénévoles et de tous les apprenants de notre association Alphabenn, permettez-moi d’adresser d’abord mes plus chaleureux remerciements aux membres de l’espace St Hilaire et à la communauté locale de St Jean Baptiste, qui nous permettent ce soir de nous exprimer devant vous, sur le sujet à la fois noble et épineux qui est le « Vivre ENSEMBLE ».

Au sein de notre association qui regroupe huit bénévoles et soixante-dix apprenants de près de 30 nationalités différentes, nos leitmotivs sont bien sûr Liberté, Egalité et Fraternité de notre devise républicaine, auxquels viennent se greffer l’amitié, l’harmonie et la concorde avec pour liant principal, la laïcité.

Le respect de l’être humain et de toutes les religions avec toutes leurs obédiences nous contraignent d’occulter toute différence ethnique, cultuelle, culturelle ou folklorique et toute couleur de peau sans nous autoriser à encourager la naissance de tout communautarisme car, le communautarisme né dans la plupart des cas de ghettoïsation, est vecteur d’enfermement et de repli sur soi qui mènent insidieusement vers l’exclusion sociale et, le paria qui en nait est fatalement méprisé par d’ autres, stigmatisé et désigné à la vindicte pour des crimes qu’il n’a souvent pas commis.

Cette exclusion sociale et ce mépris, ne peuvent engendrer que violence et trafics en tous genres dans ce que nous avons malheureusement pris pour habitude de désigner par zones de non droit, afin de nous voiler la face. Alors, au lieu de déplorer, agissons comme l’a fait l’Abbé Pierre, nous sommes-nous dit avec Anne Marie et Monika, en ce 4 juin 2015.

C’est donc pour aider les arrivants à se faire une place dans la société, une place au soleil, que nous nous sommes engagés dans cette entreprise aventureuse, aventureuse car dénuée de tous moyens, pour donner à des allophones accès à notre véhiculaire. Soulignons que notre situation a connu depuis, une évolution conséquente même si nous comptons encore sur l’aide de tout un chacun.

Nous tenons encore une fois à exprimer toute notre gratitude au Diocèse qui a mis à notre disposition les locaux qui nous permettent de dispenser nos cours dans de bonnes conditions.

Mesdames et Messieurs,

Vivre ensemble peut bien sûr se réduire à un salut, un bonjour, un coucou par la fenêtre, tenir une porte ouverte et faciliter le passage de l’autre, mais parfois, il faut aussi se surpasser et faire bien davantage. Dans bien des cas, nous avons été contraints de donner ce que nous ne possédions pas mais pour cela, il nous a fallu apprendre à écouter la détresse de l’autre, faire preuve d’empathie et parfois hélas, de compassion, de commisération mais à chaque fois nous avons essayé d’aider à la résilience.

Sur le visage de chaque apprenant, peuvent se lire différentes tragédies. On peut y déceler divers drames qui vont de la fuite d’une dictature avec la corruption et le racket concomitants, de la perte d’une récolte et la disette qui s’en est suivie à la disparition de toute une famille ou tout un village, décimés par des luttes intestines, tribales, ethniques et ou religieuses. Comment rester insensible devant ces regards chargés d’une attente implicite ?

Peut-on ignorer ces tueries qui exterminent des chiites, des sunnites, des chrétiens d’orient, des protestants d’Iran qui ont toujours vécu en entretenant des rapports de bons voisinage jusqu’à ce dérèglement du monde que nous vivons de nos jours ? Dérèglement par ces hordes qui ne tolèrent plus de voir se juxtaposer des édifices de religions différentes. Peut-on faire fi de tous ces massacres quotidiens qui ont lieu sous nos yeux en refusant l’asile aux rescapés de ces horreurs ?

Arrivons-nous à trouver le sommeil quand nous savons qu’au même moment des enfants, des femmes et des hommes, ont mis leur destin dans une felouque ballottée par les flots pour traverser la méditerranée afin de fuir des pays qui ont perdu leur âme ?

Peut-on manger à notre faim quand nous voyons à la télévision ces mêmes personnes devenues cadavres, flotter au gré des vagues alors que le même jour elles rêvaient encore de l’Europe, de la France et de la tour Eiffel, de leur pays de Cocagne….

Nul ne peut rester insensible devant ces tragédies quotidiennes, sauf certains qui à longueur de temps distillent leur racisme, leur haine, leur xénophobie… Pourquoi ne pas se remémorer (et la liste serait très longue) les Mérovingiens, les Carolingiens, les Goths, les Wisigoths , les Vikings, les Huns, les Alamans, les Romains et plus récemment dans d’autres conditions : les Polonais , les Italiens, les Algériens, les Portugais, les Chiliens, les Arméniens… et tous ceux qui ont formé cet hybride qui est la France ? Pourquoi ne pas se dire que ces nouveaux arrivants peuvent aussi apporter leur part de richesse ?

Subsidiairement nous luttons contre l’illettrisme, car hélas il existe des Français qui ne savent ni lire ni écrire.

Aux nouveaux arrivants, nous apprenons le français et donc les aidons à passer le mur de la langue, mais aussi nous leur enseignons notre façon de vivre afin de faciliter leur intégration ; nous les faisons baigner dans notre culture. Nous leur parlons de l’histoire de France, de sa géographie, de ses spécialités culinaires, de sa musique, de sa littérature et de ses grands noms, mais aussi d’Aznavour, Mouloudji, Bernard Prévost, Aimé Césaire, Kateb Yacine, Boualem Sansal, Zidane, Kopa et leur apprenons à rendre hommage au groupe Manouchian, ces 23 Arméniens fusillés par les nazis à la fleur de l’âge en février 1944 ; à Mamadou ADDI BA fusillé par les mêmes nazis en 1943, rendre hommage aux tabors marocains, aux tirailleurs algériens, et sénégalais…. tombés pour la France au chemin des Dames , à Verdun et plus tard, sur les plages de Provence, au Mont Cassin…

Nous leur apprenons à rester unis et à n’avoir entre eux que des discussions purement amicales même lorsque des points les divisent, ce qui créera entre eux une grande bienveillance et leur permettra de vivre en paix dans cette France qui nous chérit et que nous aimons, dans ce monde dont nous rêvons.

Mesdames et Messieurs, Bon anniversaire à l’église Saint Jean Baptiste et merci de m’avoir écouté.

Boualem LARBI
Dit ‘’ BEN ‘’

 

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